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Christianisme > Général > Théologie

Peut-il y avoir plusieurs compréhensions du christianisme?

Voilà une question typiquement "catholique": car les protestants bien entendu ne se la posent pas, la diversité étant pour eux normale, chacun interprétant librement la révélation.

Au sein du catholicisme, j'aurais tendance à répondre intuitivement que cette diversité existe de fait, en raison des différentes sensibilités et spiritualités: on insiste plus sur tel point que sur tel autre, etc.
Mais on peut se poser la question de savoir s'il y a une position officielle sur cette question...

La réponse est sans doute que la Bible, les dogmes, et - à un degré moindre - les déclarations solennelles des Papes, constituent le coeur de "ce que doit croire" un catholique. En notant que l'on doit aussi recevoir avec respect tous les autres enseignements...
Cela dit la vie quotidienne des catholiques est en fait très libre, et leurs convictions en réalité diverses. L'obligation de ne pas professer autre chose que la doctrine commune s'applique surtout à ceux qui enseignent: prêtres et professeurs.

Historiquement, la diversité a été importante, et elle l'est au sein même du Nouveau Testament, qu'il s'agisse par exemple du retour du Seigneur (1 Thessaloniciens le croit très proche) ou du rôle de la foi (Saint Jacques semble contredire Saint Paul).

Ce sont les saints qui expriment le mieux le coeur de la foi: et les dogmes ne portent de toute façon que sur une petite partie de la foi.
      14.11.08 - Commenter sur le blog

Dieu répond-il aux prières?

Certaines personnes semblent penser que si on a suffisamment la foi, on obtient de Dieu ce que l'on demande. Comme le dit une participante au forum, "Dieu n'est pas une machine au service de l'humain".

De nombreux passages du Nouveau Testament peuvent faire penser que, si on a la foi ou si on prie à plusieurs, on obtiendra ce qu'on a demandé:
- "Demandez et il vous sera donné" (Mt 7,7)
- "Ce que vous demanderez avec une prière pleine de foi, vous l'obtiendrez" (Mt 21,22)
- "Croyez que vous l'avez obtenu et cela vous sera donné" (Mc 11,24)
- "Si deux d'entre vous se mettent d'accord pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé" (Mt 18,9)

Toutefois Matthieu ajoute au verset 11 que le Père nous donnera "de bonnes choses", et Luc, dans le passage parallèle (11,13) dit que le Père nous donnera l'Esprit.
Et puis, qu'est-ce qu'une prière "pleine de foi", sinon une prière dans laquelle on a parfaitement ajusté notre volonté à celle de Dieu? Et donc où on demande: "Que ta volonté soit faite".
De même, quand Matthieu parle des deux personnes qui "se mettent d'accord", le verbe qu'il emploie désigne une "symphonie", une harmonie des sentiments; celle-ci n'est guère possible hors d'une étroite relation avec l'amour de Dieu; avec la volonté de Dieu.

La prière est relation à Dieu; la foi véritable se conçoit mal sans une acceptation de la volonté de Dieu, même si c'est quelquefois dans la nuit (et l'on peut alors prier comme l'homme de Marc 9-24: "Viens en aide à mon peu de foi!").

Il est normal, nécessaire pour une vraie relation à Dieu de lui demander souvent ce dont nous avons besoin: de vivre de plus en plus en sa présence et en confiance avec Lui. Mais sans oublier qu'Il sait mieux que nous ce qui est bon pour nous, ou ce qui est bon pour la personne pour qui nous prions.

"Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voulez, et vous l'obtiendrez." (Jean 15,7).
      12 02 09 - Commenter sur le blog

"Hors de l'Eglise point de salut"?

Notes de lecture

Ce sont Origène et Cyprien (vers 250) qui ont utilisé cette formule: par rapport à des chrétiens qui s'étaient séparés de l'Eglise.
Dès 1713 l'Eglise affirme que la grâce est présente même hors de l'Eglise. C'est répété notamment par Pie IX.
"Hors de l'Eglise point de salut" se comprend dès lors comme signifiant: l'Eglise est l'unique sacrement universel du salut...
Ce que je comprends comme: C'est par l'Eglise que le salut vient au monde.
      13 05 10 - Commenter sur le blog

Dieu est-il l'auteur du mal?

A propos de Luc 19,27 ("Quant à mes ennemis, ... mettez-les à mort devant moi"), une amie s'interroge dans le forum: comment interpréter la violence bien réelle de ces paroles?

La réponse que j'ai postée mentionne notamment Isaïe 45,7:
"Je fais le bonheur et je crée le malheur; c'est moi, le SEIGNEUR, qui fais tout cela."
Et de même, en Deutéronome 32,39:
"C'est moi qui fais mourir et qui fais vivre."

Dieu est-il seulement "tout amour", ou bien est-il, même depuis Jésus-Christ, à la fois amour et justice? Et qu'est-ce que la justice de Dieu?
Ou même contrôle-t-il le mal, l'autorisant ou l'interdisant selon les cas, voire le suscitant?
Questions difficiles, auxquelles pourtant la Bible répond d'une façon qui ne nous plaît pas nécessairement...

Le jugement dernier (Mt 25), l'histoire du riche et du pauvre Lazare (Luc 16) et même des textes comme les invités au repas en Matthieu 22, ou le rejet par Jésus des faux disciples (Mt 7,22) nous montrent qu'il y a des enjeux de vie et de mort dans les choix que nous faisons par rapport à Dieu.

On peut aussi, dans la ligne de mes propositions pour une présentation nouvelle du christianisme, considérer que le monde est en croissance et qu'il n'y a "pas d'omelette sans casser des oeufs": la mort, le mal, font partie de notre monde.
Sur la question du mal, c'est le père Duval Arnould qui a écrit à mon sens le texte le plus clair: Jésus ne nous a pas dit pourquoi il y a du mal sur la terre; mais il nous a proposé un chemin pour changer le sens de notre vie.

Et, dans la perspective où l'existence continue après la mort, ce qui paraît malheur ici bas peut faire partie d'un projet plus large de Dieu, qui se poursuivra après la mort.
Une des choses qui apparaissent les plus clairement dans la révélation, me semble-t-il, c'est que Dieu appelle les hommes à entrer dans son amour, et que, pour ceux qui prennent ce chemin, les malheurs, et la mort elle-même, prennent un autre sens, dans la foi.

Pour ceux qui ne connaissent pas Dieu, le monde est, comme dit Shakespeare, une histoire pleine de bruit et de fureur.
      20 11 08 - Commenter sur le blog

Hélas, le catholicisme c'est apparemment cela aussi...

Je viens de lire le témoignage d'un ancien prêtre irlandais devenu évangélique. Cet homme qui est à peu près de mon âge a visiblement été formé dans une vision du catholicisme/christianisme tellement différente de la mienne qu'on a peine à croire qu'il s'agisse de la même chose.

Le lien indiqué ci-dessus envoie vers une version du témoignage où j'ai signalé les points qui me frappent le plus. On peut noter aussi la recherche d'une "assurance du salut éternel" - semblable au fond à celle qui a conduit Luther à la Réforme - qui n'a jamais été la mienne et qui n'est pas non plus celle d'autres gens que je connais et sont de la même génération. Mais il est vrai que nous sommes en France.

L'auteur a sans doute, étant devenu évangélique, forcé un peu le trait sur les défauts de son ancien catholicisme (qui, comme je l'ai dit, est loin d'être le mien). J'ai commenté "en ligne" les références qu'il fait à certains textes du Vatican. Mais l'ensemble de ce qu'il écrit, qui comprend il est vrai des erreurs probables (par exemple sur Lourdes, dont le message serait de "gagner le salut" par la souffrance et la prière?), est assez stupéfiant. Je comprends les évangéliques qui rejettent une pareille conception de la foi!

Répondre point par point serait assez long. Mais l'auteur "pousse un peu le bouchon" (et même beaucoup) quand il écrit: "J'ai finalement compris que selon les critères bibliques, les évêques que je connaissais dans l'Eglise catholique romaine n'étaient pas des croyants" (..) "Aucun d'entre eux ne comprenait que l'oeuvre de salut était achevée, que l’oeuvre de Christ est parfaite, et que nul ne peut ajouter quoi que ce soit au salut personnel parfait qu'offre le Christ." Outre que c'est là une affirmation évidemment fausse (aucun catholique ne pense qu'il peut ajouter quelque chose au salut apporté par le Christ!), il faudrait aussi discuter du détail de la présentation qui est ainsi faite du salut. Paul n'écrit-il pas: "J'achève en mon corps ce qui manque aux souffrances du Christ"... (Col 1,24)

Ce que l'auteur refuse en fait, ce sont un certain nombre de pratiques et de doctrines de l'Eglise catholique, dont certaines que je rejette également (par exemple "placer l'autorité de la Parole de Dieu plus bas que l'autorité suprême de l'Eglise de Rome"), et d'autres qu'il a mal comprises (par exemple: "L'Eglise catholique m'avait enseigné que la dépravation de la nature humaine avait été ôtée par le baptême reçu à ma naissance." - d'ailleurs l'auteur mélange ici - volontairement? - deux idées, l'une des deux étant le baptême des nouveaux nés...).
Tout cela pourrait conduire à de longues discussions; mais c'est d'abord le témoignage d'une mauvaise compréhension du catholicisme.
      17 05 09 - Commenter sur le blog

Bouddhisme et christianisme

Plusieurs livres et articles récents du frère Benoît Billot aident à comprendre sa démarche, qu'il ne faut surtout pas simplifier. Il y a eu par exemple son livre "Comment peut-on être chrétien?", et plus récemment un petit bijou, "Voyage spirituel dans le bouddhisme zen" (voir mon commentaire). Un autre bijou est le texte de sa conférence sur le combat spirituel, absolument remarquable et essentiel.
Et voici que "Le Monde des religions" de janvier 2010 nous propose (page 18) presque un autre Benoît Billot, aussitôt montré du doigt sur un site évangélique.

Il est vrai que l'article du Monde des religions, rédigé en quelque sorte à gros traits, contient des phrases pouvant poser problème à certains. Les unes sont placées dans la bouche de Benoît Billot, d'autres étant de la plume de la journaliste (ce que le site Actu-Chretienne.Net ne distingue pas toujours clairement).
"Je me suis rendu compte, déclare Benoît Billot, que le christianisme négligeait le corps." "Or le divin s'incarne dans le corporel, dans les formes". Plus loin: "Il faut sortir de cette tradition chrétienne qui conçoit le corps comme un obstacle au salut". Et enfin: "Aujourd'hui, dans mes rapports avec le Seigneur, je suis lui et il est moi".

J'ai écrit il y a quelques années un texte mettant en garde sur le risque de ne retenir du christianisme que ce qui peut être décrit selon les catégories des religions orientales. Dennis Gira, dans "Le lotus ou la croix", montre bien quelle dimension d'altérité est propre au christianisme.

Je suis donc réservé face à quelques unes des affirmations figurant dans l'article du "Monde des religions". En aucun cas je n'imaginerais en particulier de pouvoir dire que "je suis Dieu", car c'est au minimum jouer sur les mots, ou supposer que Dieu ne sait pas grand chose du monde qui nous entoure: est-ce que Benoît Billot, quand il "est" le Seigneur, connaît ce que chacune des personnes de cette terre pense? Personnellement je pense que l'Esprit de Dieu, en moi, sait ce que je pense! Et je ne pense pas que Benoît Billot le sache...

C'est là ma principale remarque, et peut-être faut-il considérer que c'est là une question de vocabulaire: je trouve normal que chacun s'exprime "avec ses mots à lui", mais plus ennuyeux que l'on propose ce genre de formulation à tous.
Je suppose qu'une formulation chrétienne plus correcte serait de dire que Benoît Billot se sent entièrement immergé en Dieu.
Avec cette dernière formule, je n'ai pas de problème.

Quant à dire que le christianisme ne s'intéresse pas assez au corps, j'en suis d'accord.
Et pour ce qui est du rapprochement entre le bouddhisme et le christianisme, auquel Benoît Billot travaille si efficacement, je m'en réjouis.
Je crois, comme le dit Saint Paul, qu'il faut "examiner tout avec soin, et garder ce qui est bon" (2 Th 5,21 ).
Au lieu de voir dans les autres religions des oeuvres de Satan, appliquons cet autre conseil de Saint Paul: "Bénissez, ne maudissez pas" (Romains 12,14).
      5.01.10 - Commenter sur le blog
  Sur des sujets voisins: Christianisme et sagesses orientales -    Laisser glisser son petit moi

De Benoît Billot, voir aussi:
Dieu face à face ou Dieu intérieur? - Nouvelles transmissions?  -  Des bûches dans le feu pascal
.

[6.01 - COMPLEMENT/(correctif?): Benoît Billot m'écrit: Je n'ai pas dit "Je suis Dieu", j'ai dit: "dans mes rapports avec le Seigneur, je suis Lui et Il est moi". Très important de ne pas oublier le début de la phrase! - Dont acte, mais ce que le lecteur moyen comprend, c'est que "Je suis Lui" veut dire "Je suis le Seigneur" (c'est à dire Dieu); si cela veut dire autre chose, il faudrait le dire autrement...]

31.7.10 - Une autre formulation, que beaucoup de chrétiens peuvent s'approprier: "Je suis dans le Seigneur, et le Seigneur est en moi".
Est-ce moins fort?

Le salut, c'est d'aimer

Voir le texte

Petites notes

- Espérance et foi
(A propos de "Spe salvi")
La foi, c'est au présent: je crois en toi.
L'espérance, c'est la confiance pour l'avenir: immédiat par la grâce; et après la mort. Elle n'est pas certitude, mais plus qu'espoir (contrairement au sens que Comte-Sponville donne à ces deux mots)
Le salut (le royaume) se développe dans le temps, en nous et dans le monde.
La "vision de foi" c'est encore autre chose: c'est la perspective intellectuelle que donne la foi sur l'avenir.
Reste aussi ce qu'il en est de l'espérance que l'on a d'obtenir la miséricorde de Dieu lors du jugement: est-ce une partie de l'espérance chrétienne? Sans doute: se reconnaître pécheur, et se confier dans le Seigneur.     23.11.08

- J'avais écrit avant: La foi c'est ma persévérance dans les actions que je fais, même si elles ne débouchent pas; parce que je pense que ce sont les bonnes actions. L'espérance, c'est une représentation de l'avenir, avant la mort et après. La frontière est ténue car il y a dans les deux cas confiance: mais confiance en quelqu'un dans le premier cas ("il sait ce qui est bon": je ne me représente pas l'avenir),et confiance dans un avenir d'amour dans le deuxième cas.. (???)
   21-09-08 - Commenter sur le blog

A approfondir

- Si ce que propose le christianisme c'est l'ouverture à l'autre, n'importe qui ne peut-il pas pratiquer cette ouverture? Qu'est-ce que le christianisme "apporte"?
La croix, la résurrection; la liberté supérieure dans la relation à Dieu. Et puis: c'est lui qui a apporté l'ouverture à l'autre!
    21-09-08 - Commenter sur le blog

- Sommes-nous "extérieurs à Dieu"? Pourquoi pas: nous-mêmes savons bien créer quelque chose qui nous est extérieur, alors pourquoi pas Dieu! Dieu n'est alors pas "le tout"?... Et aussi, nous pouvons parler à Dieu comme extérieur à nous...
   22-09-08 - Commenter sur le blog

- Dire en quoi je diffère de textes comme celui-ci (de R.F.Porter).
   Sept 08 - Commenter sur le blog

- Peut-on être "né de nouveau" sans être baptisé dans l'Esprit?
Les évangéliques non charismatiques répondent sans doute oui; moi-même, qui n'ai pas reçu l'effusion de l'Esprit, je me considère comme "né de nouveau". Pourtant l'entretien avec Nicodème semble associer les deux: "naître de nouveau, de l'eau et de l'esprit..." Alors?
   Avril 09

- Les charismatiques ne conçoivent la vie dans l'Esprit que sous leur forme, d'effusion de l'Esprit. Si on demande à recevoir l'Esprit saint, pour eux, la suite logique est de devenir charismatique. Ne peut-on vivre dans l'Esprit autrement? (cf mes textes et notamment "dialogue entre chrétiens" sur "Choisis d'aimer")
   Avril 09

Touchez-moi!

Malgré ce que dit Jésus ressuscité, nous continuons parfois à nous demander s'il avait bien un corps physique, "touchable", après la résurrection: il passe à travers les murs, ce qui paraît incompatible!
La liturgie nous propose ces jours-ci deux textes où des anges touchent des humains: en Genèse 19,16 les deux anges tirent Loth par la main, pour ne pas qu'il s'attarde. Et dans le Nouveau Testament en Actes 12,7 l'ange du Seigneur réveille Pierre en le frappant sur le côté, avant de l'accompagner pour le faire sortir de la prison, dont les portes s'ouvrent devant eux...
       Juin 09 - Commenter sur le blog

 

Image de nuages extraite d'une photo de Roland Trenzel