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POUR UNE APPROCHE "FACTUELLE" DU CHRISTIANISME

Ecrit par un chrétien, ce texte s'adresse aux chrétiens. Ses paragraphes successifs esquissent une conception du christianisme qui tout en restant fidèle à l'essentiel, à savoir l'amour selon Jésus et l'au-delà, aboutit si on la prend au sérieux à une façon assez différente de vivre et de célébrer notre foi: complètement ouverte, humainement comme spirituellement.
Des pointillés sous certains mots (par exemple "Dieu", au 5° paragraphe) renvoient au texte "Approches, suite", qui développe certaines des idées présentées ici.

( Version révisée du texte figurant en Approches.org.   LA VERSION LA PLUS RECENTE - 26.09.09 - EST TELECHARGEABLE par CE LIEN )

 

Ce texte propose cinq idées principales:

 

1 - Une approche du christianisme à partir du "fait Jésus".
2 - En conséquence l'ouverture à diverses interprétations, et donc à un très réel oecuménisme.
3 - Le souci d'une formulation de ce que nous croyons qui soit beaucoup plus exigeante, tant en
      théologie qu'en liturgie, et plus cohérente avec l'approche proposée en 1.
4 - Une adaptation complète de la liturgie et des règles ecclésiales à notre époque.
5 - Une ouverture à diverses possibilités en ce qui concerne l'au-delà.
        (Voir quelques détails supplémentaires sur cette page.)

 

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Peut-on imaginer une approche du christianisme où au lieu d'affirmer une doctrine considérée comme révélée on partirait simplement du "fait Jésus", modèle de l'amour et ouverture sur un autre monde par sa résurrection?

Chrétien, je suis convaincu que Jésus est le témoin de l'au-delà qui nous montre ce qu'est l'amour véritable jusqu'à en mourir, et nous fait connaître que la vie continue après la mort.

Cependant je m'interroge sur les doctrines qui ont été élaborées par les premiers chrétiens en fonction des conceptions de leur époque pour rendre compte de ce qu'ils ont vécu, et qui ont été progressivement complétées et durcies au long des siècles.

Et comme scientifique, je ne vois pas de différences fondamentales entre les faits sur lesquels reposent les convictions chrétiennes et les faits qu'étudient les sciences, au sens large, et qui comportent des hypothèses, des modèles, des convictions.

Catholique, je suis certes sensible à ce que représente, dans sa continuité à travers les siècles, l’eucharistie célébrée par des prêtres ordonnés par les évêques qui se sont succédés depuis les débuts de l’Eglise. Il y a là une formidable permanence, presque sûrement nécessaire pour affirmer la présence parmi nous d'un amour qui nous dépasse. Et la “présence réelle” dans le tabernacle fait partie pour moi de cette réalité à laquelle je crois, que je respecte très profondément et devant laquelle je prie.

Mais en même temps, nous ne savons pas vraiment ce qu'il en est de "l'au delà": cela nous dépasse. " Dieu" est un mot forgé par les hommes pour parler de ce qu'ils perçoivent et conçoivent des réalités spirituelles supérieures. Nous savons que l'Ancien Testament est "daté": les auteurs avaient une mentalité, des préjugés, etc. qui demandent à être pris en compte dans sa lecture. Il est temps d'admettre qu'il en va de même pour le Nouveau Testament; et que Jésus lui-même s'est exprimé en fonction de son époque!

Et en ce qui concerne les désaccords entre chrétiens, pourquoi ne pas admettre qu'il y ait plusieurs façons de comprendre ce qu'est le christianisme, et accepter les différences, au sein d'une "communion de tous les chrétiens", en admettant l'autre tel qu'il est, avec la façon dont il croit?

Voilà quelques unes des questions sur lesquelles ce texte voudrait apporter une contribution.

 

Le "fait Jésus"

Considérer Jésus comme un "fait", c'est récapituler ce que l'on peut dire sur lui indépendamment de toute construction théologique mais en acceptant la véracité de ce qui nous a été rapporté sur son existence. En matière scientifique on s'efforce de cerner des faits et l'on fait des hypothèses susceptibles de les expliquer. Même s'il ne s'agit pas ici d'un domaine "scientifique" au sens habituel de ce mot, une méthodologie similaire peut s'appliquer.

Voilà un homme qui dispose de pouvoirs supérieurs, mais surtout qui nous montre une façon d'aimer qui renverse ce que l'on pouvait imaginer: la vraie vie c'est d'aimer en abandonnant nos sécurités, nos habitudes; de s'ouvrir, et d'accepter d'aller éventuellement jusqu'à en mourir. Non pas en s'appuyant sur nos forces, mais en nous remettant entre les mains de celui que Jésus appelle "le Père"; en se laissant guider par "l'Esprit". Plus encore: Jésus se montre vivant après avoir été pourtant mort et enterré. Il nous dit que nous aussi nous vivrons avec lui, la mort n'étant qu'un passage. Et depuis, beaucoup de chrétiens expérimentent dans leur vie la présence de l'Esprit, qui les guide et les soutient.

Ce résumé forcément simplifié cherche à se centrer, non sur la doctrine qui a été transmise par les disciples, mais sur ce qui semble incontestable pour qui veut bien croire.

 

L'histoire des hommes: descente et remontée, ou révélation de l'amour?

Un point essentiel sur lequel la doctrine chrétienne devrait être revue est celle du "péché des origines". Il ne s'agit pas ici du "péché originel", état bien réel dans lequel se trouve chaque homme dès sa venue au monde, mais d'un hypothétique péché d'Adam, faute à la suite de laquelle l'ensemble de l'humanité aurait été déchue de son amitié avec son créateur.

Que nous soyons tous pécheurs, cela ne fait pas de doute, et Jésus nous donne le moyen d'en sortir.

Mais le point en discussion ici c'est de savoir si vraiment Jésus "nous réconcilie" avec Dieu, par rapport à une faute passée qu'il faudrait que Dieu nous pardonne, comme le disent les épîtres de Paul et la liturgie. Ou si en réalité ce qu'apporte Jésus c'est la possibilité d'aller vers Dieu, sans qu'une faute originelle ou une chute collective ait fait suite à un état initial d'harmonie avec Dieu. Car une autre façon de voir la révélation judéo-chrétienne est celle d'une montée progressive: d'abord une révélation au peuple d'Israël, affinée peu à peu au long des siècles, puis une révélation beaucoup plus forte en Jésus-Christ. Dans cette révélation, il est bien sûr question de l'état pécheur de l'humanité; mais il est surtout question de la relation à Dieu. Compte tenu de ce que la science nous permet d'imaginer des origines de l'humanité, il paraît hautement improbable qu'Adam et Eve aient existé d'une quelconque façon. Il parait également invraisemblable que des êtres d'une période très ancienne aient pu être "protégés du péché", compte tenu de l'idée que l'on peut maintenant avoir de ce que c'est que le péché; c'est à dire aient été habités d'un amour parfait! Il faut le rappeler, l'intention des auteurs de la Genèse n'était absolument pas de décrire de façon historique les premiers temps de l'humanité, mais d'expliquer, sous forme d'un mythe, la situation de l'homme face à Dieu.

La question qui se pose est de savoir pourquoi l'église actuelle et les prêtres s'accrochent à cette histoire de chute initiale, dont il faut certes garder le fond (la situation actuelle de l'homme face à Dieu), mais pas la cause historique. Dire clairement qu'il n'y a pas eu de chute initiale et que l'histoire de la révélation est celle d'une montée vers Dieu, en quoi est-ce difficile? Il y aurait trop de conséquences à en tirer! Le canon de la messe, et surtout un certain nombre de textes de Saint Paul (auteur que j'aime par ailleurs énormément) seraient remis en cause.

Ce qui retient les prêtres, ce sont probablement des peurs: peurs pour eux-mêmes, peurs pour l'église. Pour eux-mêmes: peur d'abandonner ce à quoi ils tiennent, de s'apercevoir qu'ils s'accrochaient à des façons de raisonner fausses; et aussi pour l'avenir, peur de l'inconnu: où va-t-on, quelle théologie peut remplacer celle qui est ainsi déstabilisée. Peurs pour l'Eglise, que cela la détruise plus ou moins, que cela remette en cause toute son autorité et sa tradition. J'y vois un manque de confiance dans le Seigneur: si c'est Lui qui est présent et qui nous conduit, laissons-nous aller entre ses mains, acceptons la vérité.

 

Le Christ est-il mort "pour nos péchés"?

Si la relation des hommes à Dieu est une montée progressive dans l'amour comme on vient de l'indiquer, il n'est pas approprié de dire que le Christ est mort "pour nos péchés" ou "à cause de nos péchés". Bien sûr nous sommes pécheurs, et le Christ nous ouvre la voie qui monte vers Dieu et sort du péché.

Mais la mort du Christ n'est pas la compensation d'une faute de notre part; elle est l'exemple qui nous est donné de la vraie façon de vivre et d'aimer.

La venue du Christ est un don gratuit, la découverte d'une merveille d'amour.

Le but n'est pas de nous "racheter", mais de nous montrer le chemin de l'amour.

 

Quitter le vocabulaire du sacrifice

Le vocabulaire du sacrifice, selon lequel le Christ est le grand prêtre, est la continuation du vocabulaire de l'Ancien Testament, dans lequel on pensait se concilier Dieu par des offrandes.

Mais en fait l'image du Christ comme grand prêtre intercédant auprès du Père ne correspond peut-être à rien dans l'Au-delà. Elle pouvait aider les premiers chrétiens à comprendre que le temps des sacrifices était révolu; mais elle n'était déjà peut-être pas partagée par tous les courants du christianisme primitif.

Jésus est "ce que nous pouvons voir de Dieu sous la forme d'un homme". Il n'y a pas du point de vue chrétien plusieurs Dieux, et il ne faut pas avoir une vision anthropomorphique des relations, dans l'au-delà, entre Jésus et son Père.

La Cène, que nous reproduisons comme Jésus nous l'a demandé, met en nous la vie du Christ - son corps et son sang; elle est le rappel de son don d'amour infini, et une invitation à agir comme lui: nous "laver les pieds les uns aux autres", et distribuer le pain à ceux qui en ont besoin.

Le sang du Christ, réalité sur la croix, est surtout le sang qui circule dans le corps constitué par l'ensemble des chrétiens, et donne la vie véritable.

La croix n'est pas un "sacrifice" offert à Dieu mais un témoignage d'amour total, éclairé par la résurrection: voilà ce que Dieu est et fait!

 

Le "sacré"

Chez les catholiques et les orthodoxes notamment le sacré et les rituels ont une grande importance, dans leur théologie comme dans leur pratique. Le sacré imprègne la liturgie, largement composée de rites. L'importance donnée au sacré semble liée à celle donnée à la tradition. Pour la plupart des protestants au contraire, sacré et rituels sont secondaires, voire inexistants.

Peut-on imaginer que ceux qui attachent une grande importance au sacré et aux rites et ceux qui lui en attachent beaucoup moins coexistent au sein d'une même église, chacun comprenant le point de vue de l'autre et le respectant?

Qu'est-ce qui est sacré dans l'église catholique, et pourquoi?

Les chrétiens des premiers siècles semblent avoir peu à peu organisé leurs réunions de prière et leur relation à Dieu sous la forme de rituels. Il s'y est ajouté le souci de maintenir l'unité de l'église par la nomination d'évêques et de prêtres désignés dans le respect de la "tradition apostolique", c'est à dire par des évêques ayant eux-mêmes été désignés par les responsables précédents en remontant ainsi jusqu'aux apôtres.

Mais on a l'impression que l'église catholique a reconstitué peu à peu un édifice hiérarchique sacré analogue à ce qu'il y avait dans l'Ancien Testament; bien différent peut-être de ce qu'une vraie fidélité à l'enseignement de Jésus pourrait conduire à faire. N'a-t-il pas dit par exemple "n'appelez personne "Père"? - a fortiori "saint père"! Et n'a-t-il pas critiqué les pharisiens pour leurs notions de pur et d'impur?

Le sacré est une notion pratiquement absente de l'évangile. A la différence du Dieu de l'Ancien Testament, Jésus est un Dieu qui se laisse toucher.

On pourrait donc dire, en exagérant à peine, que la notion de sacré n'existe pas pour les chrétiens: Dieu est proche, il n'est plus séparé. Mais sa sainteté demeure! La réaction de Pierre après la pêche miraculeuse ("Eloigne-toi de moi car je suis un pécheur! Luc 5,8) montre que Dieu est à la fois le tout proche et le tout Autre.

Cela dit les rites, qu'il ne faut pas nécessairement considérer comme sacrés, ont une utilité dans certains cas. Il est bon qu'il y en ait, et que l'on puisse alterner entre des cérémonies ou parties de cérémonies ayant un certain caractère rituel, et d'autres plus adaptées à la façon dont on peut concevoir aujourd'hui la relation à Dieu.

Car les rituels religieux n'ont guère de sens pour les hommes de notre époque: le monde moderne ne fonctionne plus ainsi la plupart du temps.

Ce qui vient d'être dit plaiderait pour un changement assez radical de la façon de célébrer notre foi.

Sans que cela change le contenu de ce qui est célébré.

 

De l'absolu au réel

Nous ne sommes plus à une époque où les hommes perçoivent l'univers comme constitué d'une part de la terre, monde des hommes, et d'autre part du ciel et des étoiles qui seraient en quelque sorte le monde des dieux... Même si elles sont hors de notre portée, nous savons que les étoiles sont de même nature, au sens large, que la terre où nous vivons.

De même je me demande si la réflexion sur l'au-delà ne devrait pas, au moins dans une certaine mesure, passer de l'absolu au relatif.

Il s'agirait d'envisager de raisonner et d'agir, par rapport à ces "dimensions" que nous ne voyons pas, comme par rapport aux dimensions que nous voyons, et non pas de les absolutiser et de leur donner un caractère sacré, magique en quelque sorte.

Le fait Jésus, le fait "révélation de l'amour du Père" et la Providence nous introduisent assurément dans des aspects du réel qui dépassent ce que notre simple perception a l'habitude d'appréhender. Mais on peut considérer qu'il s'agit d'aspects du réel, et non de quelque chose "d'irréel" !

Il s'agit dès lors, en somme, de passer du discontinu absolu, qui caractérise souvent la religion, à un "presque continu". Une discontinuité est certes constituée par la mort; mais le monde "de l'au-delà" est déjà très présent auprès de nous. Proche et non lointain.

Il s'agit en quelque sorte de considérer le monde de l'au-delà, que nous révèle Jésus, comme un monde "réel", et non comme un monde "divin", "sacré".

Un monde réel, c'est à dire un monde dont les lois ne sont pas nécessairement très différentes de celles de notre monde; mais avec comme axes majeurs l'amour et la croix, comme Jésus nous l'a fait connaître.

Et de raisonner, par rapport aux faits "Jésus" et "révélation" en général, de façon expérimentale, non dogmatique.

 

Croire en Jésus; le "salut"

Les évangéliques considèrent que l'on devient chrétien lorsque l'on reconnaît Jésus comme son sauveur. Mais de quoi Jésus nous sauve-t-il?

"Salut", "sauver", voilà des mots qui ont vieilli: ils n'ont guère de signification pour l'homme de la rue. Par contre "donner un sens à sa vie", trouver le sens de sa vie, sont des notions que tout le monde comprend.

Jésus nous révèle le vrai sens de notre vie: aimer. Avant d'avoir compris cela, nous errons en tous sens, que nous soyons chrétiens ou non; nous nous fixons des buts pour nous occuper; pour nous distraire dirait Pascal. Souvent, nous ne savons pas vers où aller: nous sommes ... perdus! Jésus montre le chemin, et nous donne le moyen de le suivre.

Le chemin, c'est cet amour sans limite qu'il nous a lui-même montré. (Et ... jusqu'à en mourir! Cela ne paraît pas très attirant tant qu'on n'a pas compris quelle plénitude intérieure donne cette participation à l'amour divin, et qu'on n'est pas convaincu que l'existence continue après la mort).

Le moyen de suivre ce chemin, c'est la relation à Dieu dans la prière, et, pour certaines confessions chrétiennes, dans les sacrements. "Je suis le chemin" a dit Jésus (Jean, 14.6).

Croire Jésus, essayer de vivre comme il le propose, avec son aide dans la prière et les sacrements, voilà comment mener une vie qui s'ouvre à la vérité, et à plus que nous-mêmes. C'est cela le salut.

C'est offert à tous les hommes. Et c'est aussi, je pense, ce qui nous sera à nouveau proposé après la mort.

 

Affiner le vocabulaire

Le vocabulaire et les concepts du christianisme sont basés pour une part sur des images, des métaphores.

Et il est vrai que nous avons besoin d'images pour nous représenter ce qui nous dépasse!

Mais peut-être acceptons trop facilement ces analogies, sans vérifier suffisamment si elles correspondent vraiment à ce que nous voulons dire, à ce que nous pensons être la réalité.

Bernard Sesboüé, dans son livre "Jésus-Christ l'unique médiateur" (Desclée 1988), montre qu'il est nécessaire d'utiliser des métaphores et des images pour parler de l'au-delà, mais qu'il ne faut pas en surestimer la validité. En particulier il ne faut pas "pousser trop loin" ces métaphores, comme il le montre à propos de certains aspects du "sacrifice" du Christ, dans un chapitre intitulé "un sombre florilège" (p. 67 et suivantes).

Prenons-en un exemple: peut-on dire que Jésus est venu "guérir et sauver les hommes", comme nous le chantons quelquefois?

On a dit ci-dessus en quel sens on pouvait dire que Jésus apporte le "salut": il nous donne le chemin, le sens de la vie. Mais autant le mot "salut" semble utilisable, autant le verbe "sauver" peut poser problème! Et de même le verbe "guérir".

Les idées qui sont associées après deux mille ans de christianisme au verbe "sauver" correspondent à une conception de l'humanité, et du péché originel - on en revient toujours à lui, qui induisent des perceptions erronées. On peut dire de Jésus qu'il apporte le salut, mais il me semble moins approprié d'employer l'expression "Jésus nous sauve"...

De même, de quoi Jésus est-il censé nous guérir? Les hommes sans Jésus sont-ils tous "malades"? Là encore il s'agit me semble-t-il d'une image poussée trop loin.

Il est vrai que le salut, la vie, apportés par Jésus nous aident à nous épanouir, et peuvent nous guérir intérieurement. Pour autant il n'y a pas forcément lieu d'en faire une règle générale. Le changement intérieur auquel la foi au Christ nous conduit est un chemin: pour le décrire le mot "guérir" ne convient pas forcément pour tout le monde...

C'est donc une sorte de discours de la méthode qu'il nous faudrait aujourd'hui, pour construire une théologie adaptée à notre temps:

"Ne considérer un mot, une image, comme appropriés, que si l'on n'a aucune occasion de le considérer comme inapproprié, impropre..."

Avoir le sens des limites des mots. Eviter les grands discours, les images et les affirmations trop simples.

 

L'au-delà, présent à chaque instant.

Il y a des chrétiens qui semblent ne pas croire aux miracles; des prêtres même qui écrivent des livres où ils expliquent que les miracles du Christ n'en étaient pas...

Je sais bien que c'est à l'amour, et non à la foi dans les miracles, que l'on reconnaît les disciples du Christ (et beaucoup de non-croyants montrent de l'amour!).

Mais ne pas croire à la possibilité de miracles, cela me semble revenir à nier la présence de Dieu dans le monde; cela revient aussi à dire que l'on n'a jamais ressenti, dans sa vie spirituelle personnelle, des signes - certes très ténus - de cette présence.

Dieu paraît, c'est vrai, absent du monde. Pourtant Israël a mis sa foi dans l'alliance avec le Seigneur; et Jésus a été présence de Dieu dans le monde. Il nous a dit aussi: "Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde"; et il nous a envoyé son esprit, avec des signes qui devraient convaincre ceux qui n'ont pas endurci leur coeur.

Sans doute ceux qui ne croient pas à la possibilité de l'action de Dieu dans le monde ne croient-ils pas non plus, par exemple, que Marthe Robin vivait sans se nourrir, comme d'autres d'ailleurs avant elle; ou encore que les stigmates de Padre Pio étaient réels, et ont disparu brusquement à sa mort...

Vivre dans la foi, c'est vivre "comme si on voyait l'invisible" (Jacques Loew). C'est s'appuyer de plus en plus sur cet invisible, sur cette source d'amour qui provient d'une autre "dimension". C'est en venir à considérer que cette présence de Dieu a autant de réalité que le monde que nous voyons autour de nous: que le Seigneur est en quelque sorte "encore plus présent" que toute personne que nous voyons près de nous. Pourquoi cette présence est si discrète, c'est une autre question, et cela peut être assurément une source de scandale pour certains, face au problème du mal.

Il y a de même des chrétiens qui ne croient pas aux anges... Pourtant bien des témoignages existent en sens contraire. Mais on ne peut croire que ce qu'on est prêt à accepter. La présence de Dieu auprès de nous, ce sont peut-être justement les anges, poussés par l'Esprit (on le sait, l'Ancien Testament différencie assez peu entre "le Seigneur" et "l'ange du Seigneur").

Alors, "l'au-delà" est-il loin ou près de nous? L'appellation "au-delà" fait penser à "au delà de tout", c'est à dire très loin, ce qui est bien regrettable.

N'est-il pas au contraire "tout près"?

On le sait, Christian Bobin parle de Jésus, et donc de Dieu, en disant "le très bas".

Eh bien de même l'au-delà est peut-être en fait le "très près".

 

Autorités humaines

Il ne faut pas confondre les hiérarchies ou autorités humaines avec l'autorité de ce que Dieu nous révèle.

Tout groupe humain a besoin d'une certaine organisation. Il faut donc des responsables, qui sont amenés à prendre des décisions. Mais il y a abus lorsque ces responsables prétendent parler au nom de Dieu.

Beaucoup de groupes chrétiens - églises locales ou communautés rattachées à une église plus large - et d'églises (catholique, etc.) fonctionnent largement à base d'autorité, d'interdits et d'obligations. L'autorité du pasteur, prêtre ou responsable local, ou du groupe de responsables, est souvent considérable; et de même l'autorité de la doctrine admise par l'Eglise dans son ensemble. Parfois il faut obéir ou partir.

Il y a là me semble-t-il un abus caractérisé: une confusion entre la nécessité pratique d'une organisation - avec des responsables au service des actions de l'Eglise, et la soumission à l'enseignement de Jésus.

La communauté à laquelle on participe doit nous ouvrir à la liberté, non la prendre.

 

La foi: un ensemble d'affirmations?

La foi est-elle l'affirmation d'un ensemble de "vérités", ou la relation avec une personne?

Certains chrétiens semblent considérer que notre relation avec Dieu s'énonce sous la forme d'une liste de vérités, dont on déduit un comportement.

Alors que Dieu est une personne. Et qui aurait l'idée de remplacer la relation qu'il a avec un ami par une série de phrases?

Ce que je sais d'un ami va bien au delà des phrases qu'à l'occasion je pourrai dire sur lui.

La foi ne consiste pas en une série de propositions que l'on croit vraies.

Il ne s'agit donc pas d'abord d'enseigner des "vérités", de s'appuyer sur des mots; mais de méditer sur des faits.

Le réel ne se déduit pas; il s'expérimente.

Cela dit il faut bien sûr, à toute époque, essayer de mettre des mots sur les faits.

 

Un savoir, ou un amour?

Aider les chrétiens à approfondir leur foi, ce ne devrait pas être principalement leur transmettre un enseignement ou un savoir et leur énumérer des vérités; encore moins les leur imposer. Ce devrait être partager un amour pour Dieu et pour les hommes.

Les responsables d'église et les chrétiens qui les assistent ont parfois une attitude d'autorité, considérant ce que Dieu nous révèle comme une série d'affirmations qu'il faut accepter.

La foi est d'autre part souvent présentée, plus ou moins consciemment, comme un savoir intellectuel: il y a ceux qui savent, et ceux qui ne savent pas; ceux qui enseignent, et ceux qui reçoivent l'enseignement. L'étude de la Bible se prête particulièrement à ce travers, puisqu'un certain savoir est utile pour mieux la comprendre. Cela rejoint ce qui a été dit plus haut sur "ceux qui savent", ou croient savoir. Ceux qui par leur fonction, leur profession ou leurs textes exposent ce que nous apprend la révélation, et ce que Dieu est, veut ou propose, ont une responsabilité particulière. Le risque est grand en effet qu'ils se comportent "avec autorité" envers ceux qui pensent en savoir moins, ou sont moins sûrs d'eux.

"Moi je sais, toi tu ne sais pas; donc crois ce que je te dis de croire; moi je sais ce que Dieu a dit". Cette "autorité intellectuelle" est plus diffuse, mais peut-être encore plus répandue que l'autorité hiérarchique, et moins facile à détecter; ses abus aussi se remarquent moins.

L'autre attitude, inverse, serait celle de la recherche en commun, modeste, où l'on ne dirait jamais que l'on sait, mais seulement que l'on pense telle chose, en ajoutant: "Et toi, qu'est-ce que tu en penses?"

Une attitude où l'autorité serait remplacée par un dialogue en vérité: avec les autres chrétiens comme avec tous les hommes.

Nous croyons tous savoir, et nous avons besoin d'affirmer; et nous croyons souvent .. à tort! Mais nous ne sommes que rarement prêts à accepter que nous nous trompions; à nous remettre en cause.

 

La tradition, les dogmes

Certains chrétiens, protestants ou évangéliques, semblent ne reconnaître aucune valeur à la tradition. Et pourtant c'est en son sein que les textes du Nouveau Testament ont été écrits, puis qu'a été fixée la liste des livres qui le composent.

D'autres au contraire considèrent la tradition, les dogmes fixés par elle et la continuité dans la succession épiscopale comme des éléments essentiels de la foi.

Il est nécessaire, on en conviendra, de ne pas déformer ce qu'a été la présence de Jésus parmi nous; toute opinion à ce sujet n'est donc pas également valable. Il y a lieu aussi d'approfondir ce que Jésus nous a révélé; ce n'est que peu à peu que les conséquences du "fait Jésus" se dégagent, et la perception que nous en avons se renouvelle avec les époques, en fonction des questions que se pose chaque génération.

Il est bon par conséquent que les chrétiens se réunissent entre eux pour échanger sur ces questions, et distinguer ce qui leur paraît compatible avec la foi chrétienne de ce qui ne le semble pas.

Et il ne faut pas faire passer sous le manteau de la tradition des comportements et des affirmations qui sont loin d'être évangéliques: c'était vrai à l'époque de Luther (par exemple en ce qui concerne les indulgences); cela peut l'être à toute époque.

L'approche catholique et orthodoxe, qui consiste à organiser la foi chrétienne autour des évêques, d'une confession de foi fixée une fois pour toutes, et de dogmes qui la complètent, a été mise en place historiquement pour assurer l'unité de l'Eglise et de sa doctrine. Ne faudrait-il pas aujourd'hui faire le bilan des avantages et des inconvénients de cette façon d'assurer l'unité?

Christian Duquoc, dans son livre "Je crois en l'Eglise", constate que l'Eglise catholique a sur elle-même un discours idéaliste, et propose qu'elle reconnaisse sa propre "précarité", au lieu de se crisper sur sa tradition interne.

Nous avons accès, grâce notamment au travail des historiens et des biblistes, à une vision assez détaillée des débuts du christianisme, qui peut nous permettre de réfléchir sur les orientations à lui donner pour l'avenir sans se tenir nécessairement enfermé dans la façon dont les premiers chrétiens ont compris le fait Jésus, ni dans celle dont ils ont organisé l'Eglise.

La formulation des dogmes, de son côté, pose parfois problème à nos esprits logiquement exigeants. Et surtout, le besoin d'affirmer l'unanimité de l'église, voire l'obligation de se soumettre, à propos de points qui sont somme toute secondaires (y compris de nature morale et non dogmatique) mérite d'être discutée, puisque l'on sait que bien d'autres chrétiens ont des opinions différentes.

Ne pourrait-on pas accepter qu'il y ait à la fois des gens qui s'efforcent de rester dans la ligne de la tradition des premiers siècles, et d'autre part des gens qui, tant en matière théologique qu'en matière liturgique, reprennent le problème "à zéro", comme on le fait parfois dans les grandes institutions (p.ex. ce que l'on appelle le "budget base zéro": comme si c'était le premier)? Et que tous soient réunis dans une seule église?

On considérerait comme légitime qu'il y ait plusieurs façons de comprendre le message de Jésus, dans le dialogue et la charité, au sein d'une même grande église.

 

Quelle conception de l'amour de Dieu?

La liturgie, en tout cas dans l'église catholique, utilise abondamment des expressions telles que "sois favorable" ou "prends pitié".

Ne s'agit-il pas là un peu trop de restes de l'Ancien Testament?

La conscience de notre "indignité" doit-elle à ce point imprégner notre relation à celui qui nous a dit "Je ne vous appelle plus mes serviteurs mais mes amis"? (Jean 15,15)

Pourquoi ne pas donner la place principale à la louange pour ce que Dieu nous donne de vivre avec lui, et à la confiance?

Certains chrétiens, certains jours, peuvent éprouver le besoin de demander le pardon de Dieu; on peut alors imaginer d'utiliser parfois le mot "pitié". Mais il n'a habituellement pas sa place entre amis!

Dieu sait que nous sommes pécheurs! Il est bon de se réjouir qu'il nous accepte auprès de lui et nous invite à le célébrer.

"Merci Seigneur de nous rassembler aujourd'hui auprès de toi. Nous savons que nous sommes pécheurs. Prenons un instant de silence pour nous le rappeler".

Mais il conviendrait en général d'éviter le "Seigneur prends pitié", qui crée une idée fausse de la relation à Dieu. Sauf naturellement dans la prière pour une intention particulière, par exemple pour une personne qui souffre; mais alors l'expression n'a plus du tout la même signification.

De même il conviendrait d'éviter les expressions du type: "Seigneur daigne accepter ce sacrifice que nous présentons"!

Comme si il n'acceptait pas que nous le priions!

Ces façons de célébrer sont sérieusement à revoir, dans l'amour de Dieu.

 

Effort, ou confiance?

Beaucoup de chrétiens vivent leur christianisme sur la base de la volonté, comme un devoir, comme un chemin constitué d'efforts à accomplir, jamais suffisants.

D'autres ont compris que l'amour de Dieu est liberté, louange, simplicité, confiance.

Dieu est tout, et partout. Cela peut faire peur; mais aussi, lorsqu'on a compris de quel amour Jésus nous aime, cela peut permettre de se détendre, de s'accepter, de se remettre entre les mains de Dieu.

Ce ne sont pas nos efforts qui feront que nous serons "de meilleurs chrétiens": c'est notre relation à Dieu dans l'amitié et la prière.

Ce n'est pas nous qui apporterons le salut au monde par notre activité fébrile et préoccupée: c'est l'esprit d'amour qui agira à travers nous, si nous nous ouvrons à lui.

Tout le reste viendra par surcroît.

 

Planète quelconque, histoire quelconque...

Compte tenu de l'immensité de l'univers et du nombre de galaxies qu'il contient, les hommes doivent admettre qu'ils sont sur une planète quelconque, dont la vie, et la fin de l'existence, ont toutes chances d'être aussi absolument quelconques. Planète parmi des millions de planètes, promise un jour ou l'autre à la mort, et peut-être assez vite du fait des hommes.

Cette histoire ordinaire, les chrétiens ont tendance à en faire une histoire sacrée, à penser que la terre sera renouvelée, que Jésus reviendra.

Si l'on regarde les tremblements de terre, les malheurs un peu partout, on est bien obligé de penser que ce mode de fonctionnement du monde, Jésus et son Père les acceptent manifestement; même si Dieu permet à l'occasion à certains de ceux qui se tournent vers lui d'échapper à tel ou tel malheur, plus sans doute dans un but spirituel adapté à ce qu'est la personne considérée au moment considéré que pour changer les lois du monde.

Alors, bien entendu, pas question de parler d'un Dieu tout puissant, ni de penser même que Dieu est, au sens strict, maître de l'histoire, même si un certain progrès spirituel de l'humanité dû au christianisme existe. Planète ordinaire, la terre mourra probablement de façon banale, sans qu'il y ait de "royaume de Dieu" ou de "retour du Christ" sur terre.

Et ceci est vrai aussi de chacune de nos vies: elle n'est pas plus, à son niveau, et pas moins non plus, que ne l'est la vie d'une fleur au milieu d'une forêt inhabitée en Sibérie: fleur qu'aucun homme ne verra jamais, et qui mourra un beau jour. Etre fleur, être heureuse comme fleur, c'est son état.

De même à aucun d'entre nous il n'est promis que ce qu'il fait sera "utile" sur terre, que cela donnera des fruits durables sur terre. D'une part cela ne doit pas nous conduire à ne rien faire, mais simplement à agir en fonction... de ce qui nous rend heureux (et aimer les autres est ce qui rend le plus heureux). Et d'autre part, bien sûr, nous pouvons penser que ce que nous faisons sur terre nous prépare à d'autres choses que nous ferons après la mort, et qui n'auront peut-être rien à voir. Mais de nous être entraînés sur un premier "métier" peut être utile pour la suite. C'est surtout la valeur spirituelle que nous aurons acquise qui devrait demeurer.

Tout cela pose, une fois de plus, la question de savoir "qui est le Dieu de Jésus-Christ". Or il est fort possible que nous n'aurons à faire, dans l'au-delà, qu'à la suite du même processus de montée, et que "Dieu" sera toujours aussi mystérieux, lointain... Sauf que son esprit nous transfigure, et que cela en vaut la peine.

Jésus nous a dit d'aimer, et nous a montré comment. Il ne nous a pas dit que le monde avait un sens que nous pouvons comprendre, ou même que nous le comprendrons après la mort.

 

Structures de l'au-delà...

La vision traditionnelle que les chrétiens ont de l'au-delà est celle d'un paradis, précédé éventuellement d'un purgatoire. Mais la réalité est peut être toute autre.

Peut-être l'existence après la mort est-elle, avec certes beaucoup de changements, un peu du même type que celle que nous connaissons: un univers nouveau que nous aurons à découvrir (un peu comme un bébé qui naît découvre un monde nouveau); univers dans lequel il y a peut-être des bons et des méchants, des enjeux de vie et de "mort" (spirituelle). Jésus nous y prépare par les conseils qu'ils nous donne, qui valent à la fois pour ce monde et pour préparer celui d'après.

Ce n'est bien sûr qu'une hypothèse; elle peut nous encourager à vivre à fond notre christianisme.

Dieu est amour; il est puissance d'amour. Nous pouvons nous appuyer sur lui dans les événements que nous avons à vivre et dans les choix que nous faisons.

 

Ouvert, ou fermé?

Par tempérament ou en fonction des expériences qu'ils ont vécues, les hommes sont plus ou moins ouverts à des hypothèses autres que celles qui sont les leurs et sur lesquelles ils basent habituellement leurs convictions et leur action.

Ainsi par exemple pour les phénomènes "paranormaux", par rapport auxquels on trouve parmi les chrétiens comme dans le reste de la population aussi bien des gens qui pensent que cela n'existe "évidemment" pas, que des gens qui pensent qu'il y a peut-être là des choses que nous ne comprenons pas mais que la science éclairera éventuellement un jour.

De même aussi en ce qui concerne le spiritisme, contacts vrais ou supposés avec des "esprits".

Il y a, on l'a dit, une dimension psychologique évidente dans ces attitudes d'ouverture ou de refus par rapport à la réalité de ces phénomènes.

Mais est-il bien raisonnable d'être "fermé", au sens où l'on vient de le dire? Cela revient à supposer que l'homme sait ce qui existe et ce qui n'existe pas, et que rien de nouveau, de complètement différent ne peut être découvert ou survenir; ou à attendre pour accepter de telles nouveautés que "la science" les ait prouvées. C'est faire beaucoup d'honneur à la science, et ceci d'autant plus qu'il s'agit souvent de phénomènes à peine perceptibles ou qui reposent sur des témoignages.

N'est-ce pas précisément parce qu'ils étaient un peu trop fermés à la nouveauté que beaucoup de pharisiens ont été incapables d'accueillir le message de Jésus?

Il ne s'agit en aucun cas de remplacer Jésus par ces phénomènes étranges, qui peuvent, on le sait, être dangereux. Mais refuser leur existence éventuelle n'est pas forcément la bonne attitude.

 

S'intéresser aux NDE?

Les "Near Death Experiences" ou "NDE", expériences vécues à l'approche de la mort, sont un des domaines sur lesquels il peut être intéressant de se pencher. Le nombre maintenant élevé de témoignages à leur sujet amène à envisager qu'il y ait bien là "quelque chose".

Certains considèrent que ces phénomènes s'expliquent simplement par une excitation particulière du nerf optique à ce moment extrême. Mais il y a, dans les récits que l'on peut lire à ce sujet, bien plus que la rencontre avec un "être de lumière". Par exemple il est fréquent que la personne se trouve "hors de son corps" et l'observe de l'extérieur.

Ces récits ont à la fois souvent des points communs et pourtant parfois des différences considérables que l'on pourrait considérer comme des contradictions.

Tantôt l'expérience en question est entièrement positive, agréable, et tantôt (rarement) elle est plutôt effrayante. Dans certains cas il semble s'agir d'un voyage à la surface de la terre; dans d'autres on en est au contraire fort loin. Parfois la personne ne rencontre que des êtres bienveillants; parfois au contraire elle aperçoit des êtres visiblement mauvais, ou des lieux où se passent des choses affreuses.

S'agit-il de pure imagination de la part des personnes en cause? Dans le cas de la situation "extra-corporelle" il semble bien que non, puisque la personne entend et voit ce qui se passe autour de son corps apparemment sans connaissance! Pour le reste, libre à chacun de conjecturer...

 

Des médiums racontent l'au-delà...

Les médiums ont mauvaise réputation chez les chrétiens. Car il est vrai que certaines personnes fascinées par le spiritisme s'engagent ainsi sur des terrains dangereux et peuvent devenir victimes d'esprits mauvais.

Pourtant certains récits rapportés par des médiums ont une nature très analogue aux expériences NDE mentionnées plus haut, avec cette différence que la personne qui parle est morte et non pas simplement revenue des frontières de la mort.

Un livre étonnant, "L'explorateur de l'au-delà" (Editions "Le jardin des Livres" 2004) présente un récit publié pour la première fois en 1894 par un médium anglais. A travers ses particularités et ses limites ce livre propose une vision de l'au-delà que ceux qui ont l'esprit ouvert pourront juger très enrichissante.

Et ceci, qu'il s'agisse d'une description de la réalité de l'au-delà, ou d'une pure et simple invention!

C'est Pierre Jovanovic, auteur de l'excellente "Enquête sur l'existence des anges gardiens", qui le présente au public français.

Dans ce livre qui se situe dans "le monde de l'Esprit", on voit chaque âme s'efforcer de se dégager peu à peu des sentiments ou passions qui limitent sa croissance spirituelle. Et la façon principale de le faire, c'est d'aider d'autres âmes un peu plus engluées dans leurs passions.

Voici le genre de conseil donné par l'un de ses mentors à l'auteur du récit - un italien du début du 19° siècle! - tandis qu'il s'efforce de pénétrer un groupe de gens menés par des passions violentes: "Si tu t'abaisses à leur niveau, si tu laisses en quelque façon les mêmes sentiments se développer en toi, tu seras incapable de sortir de leur groupe, tu deviendras leur victime".

Quel encouragement à veiller sans cesse aux sentiments qui nous habitent!

Vrai ou faux, et malgré ses limites, ce livre nous invite à nous représenter des anges présents autour de nous pour nous aider! Ces anges étant notamment, si l'on en croit ce livre, des hommes et des femmes décédés! Pourquoi pas! Quel réconfort!

 

Récapitulons

L'amour selon Jésus, jusqu'à la mort, est le centre du christianisme.

Après la mort l'existence continue.

L'au-delà est déjà là, présent, il nous entoure. Il n'est pas magique ou mystérieux, mais amour sans limites.

Et dès à présent nous pouvons, grâce à l'Esprit et à ses envoyés qui nous entourent, vivre dans la louange.

L'emploi du mot "Dieu" est une commodité, inévitable, mais nous ne savons pas du tout quelle est la structure de l'au-delà. Nous savons que Jésus est dans cet au-delà, et que l'Esprit est présent dans notre monde et agit en nous.

Les textes de la Bible retracent la façon dont cet "au-delà" s'est révélé à nous, dans le langage et suivant les concepts de chaque époque. En particulier le péché "des origines" n'a selon toute vraisemblance pas existé. Et les textes du Nouveau Testament, comme ceux de l'ancien, sont à lire en ayant en tête la mentalité de l'époque.

La relation à Dieu est une relation de montée dans l'amour, et non de culpabilité et de devoir.

Il est proposé de penser à l'au-delà non comme à un domaine complètement étranger, "sacré", mais comme à une autre partie du réel, bien que nous ne puissions qu'à peine en deviner la nature pour l'instant.

Il en résulte qu'une bonne proportion de nos prières et de notre théologie - je parle ici de l'ensemble des églises chrétiennes et pas seulement de la catholique - est absolument inappropriée, datée, et qu'il est urgent de les revoir, pour se centrer sur l'amour et sur ce que nous pouvons aujourd'hui imaginer de "l'au-delà".

Les NDE, dont l'existence est maintenant bien établie, et les autres récits de contacts avec l'au-delà, peuvent nous aider dans notre réflexion.

 

Comment poursuivre?

On l'aura compris en lisant ce texte, son auteur est partagé entre le désir de vivre et d'agir toujours dans l'amour, et une très grande insatisfaction vis à vis des pratiques et des théories de l'église à laquelle il participe (les autres, il lui est plus difficile d'en juger!).

Insatisfaction face aux liturgies, qui semblent dater d'il y a 3000 ans. J'ai lu avec plaisir ce que Soeur Emmanuelle a dit à Mgr Lustiger, chamarré pour une cérémonie: "Mais enfin, Jésus-Christ n'était pas habillé comme cela!"

Insatisfaction face au carcan moral où l'on enferme les gens, sans même s'en rendre compte, avec des argumentations très contestables.

Insatisfaction enfin, comme je l'ai exposé, face à des énoncés de foi qui perpétuent des perceptions d'il y a 2000 ans, ou à des affirmations simplificatrices: - "les chrétiens sont enfants de Dieu": et les autres hommes? - "le péché a soumis l'homme à sa loi; "Jésus s'est fait homme par amour pour les pécheurs". Ce dont il faut parler, c'est de la révélation de l'amour!

C'est à longueur de journée, à longueur de "cérémonie" que le bon sens et le souci de l'amour peuvent être heurtés par ce que l'on entend ou lit.

Comme on aimerait, aussi, que nos assemblées soient d'abord des rencontres entre hommes soucieux de vivre entre eux et avec les autres hommes dans un amour concret, effectif, et non la répétition de rituels!

Alors, comment poursuivre?

Si ces brèves pages éveillent un écho, si peu à peu un courant se dégage pour porter, dans l'amour, les préoccupations évoquées ici, alors on peut espérer que le souci qui a conduit à les écrire pénétrera l'ensemble du groupe des chrétiens...

 

Image de nuages extraite d'une photo de Roland Trenzel