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A partir d'une remarque faite
à André Comte Sponville

En février 2007, j'ai envoyé à A. Comte Sponville, dont je suis un grand admirateur (voir par exemple "Le capitalisme est-il moral", un chef d'oeuvre) mon texte "Présentation du christianisme", avec une lettre où j'écrivais en substance ce qui suit:

"J'ai parcouru, plus que lu, vos dernières réflexions et dialogues avec des chrétiens. Mais il me semble que tout cela pêche par une approche que je qualifierai - pardonnez-moi - d'abstraite: par exemple un de vos interlocuteurs (ou vous même?) donne une sorte de "définition" de Dieu! Mais cela n'a aucun sens! Comme vous le verrez dans le texte ci-joint, je me contente, en substance, de me demander s'il est possible que des êtres "supérieurs" (quoi qu'on entende par là) existent, puis de constater qu'un certain nombre de gens affirment avoir été en contact avec de tels êtres. Enfin vous verrez; ma démarche, même si elle est neuve, est me semble-t-il typiquement "scientifique", ce qui correspond à ma formation initiale..."

André Comte Sponville m'a aimablement répondu... en s'excusant de ne pas avoir le temps de lire mon document. Mais du coup il n'a pas réagi non plus à la remarque reproduite ci-dessus, sur laquelle j'ai personnellement continué à réfléchir:
La question que je pose est une question de "fait": un tel fait (êtres supérieurs, contact avec eux) existe-t-il?

Mais du coup je me suis demandé: est-ce que ma question est philosophique... ou scientifique?
Et je suis passé aux deux questions suivantes:

- Pourquoi certaines personnes considèrent-elles certaines choses comme possibles, alors que d'autres les considèrent comme impossibles? (Exemple de "chose": ce que je dis ci-dessus sur les êtres supérieurs);
- Plus largement, la question de l'ouverture d'esprit est-elle une question philosophique??

Et c'est alors que j'ai eu la chance de découvrir, grâce à Paul Foulquié, l'oeuvre de Ferdinand Gonseth, dont je parle dans un billet séparé.
      29.09.08 - Commenter sur le blog

Voir aussi:
  - L'ouverture est-elle un concept philosophique?
  - Comte-Sponville et le Dieu caché

"Déterminisme et libre-arbitre"
Un livre de F.Gonseth et H.-S. Gagnebin

Je viens de terminer le premier livre de F.Gonseth que j'ai pu trouver: c'est le compte-rendu remis en forme d'entretiens tenus sur plusieurs jours vers 1944 entre F.Gonseth et ses élèves. Sous la forme d'un dialogue de type socratique, ce livre aborde un problème redoutable: comment concilier la causalité, qui semble intervenir partout dans notre monde (complétée il est vrai par les probabilités), et la liberté de chaque sujet?
Dans ce livre de lecture agréable, Gonseth ose une synthèse que l'on comprendra mieux en lisant l'ensemble de l'ouvrage (difficile à trouver!): prenant exemple de la difficile conciliation entre les aspects ondulatoire et corpusculaire de la lumière, il affirme simplement qu'il faut tenir les deux bouts: nous sommes dans un univers où le règne du déterminisme ne peut pas être limité a priori; et pourtant nous constatons notre propre liberté. Tenir les deux bouts n'est possible que dans une philosophie ouverte, qui admet les deux, même si elle ne sait pas (encore) comment les concilier.

De mon point de vue, un chef-d'oeuvre.
      13.10.08 - Commenter sur le blog
      Télécharger l'article de 12 pages que j'ai rédigé

"L'ouverture" est-elle un concept philosophique? Découverte de F.Gonseth

C'est en recherchant les mots "ouverture" ou "ouvert" dans différents dictionnaires philosophiques que j'ai découvert Ferdinand Gonseth.
La plupart des dictionnaires ignorent ces mots: je serais curieux de savoir ce qu'en pense tel ou tel philosophe auteur de dictionnaire... Le concept n'apparaît que dans un seul des ouvrages dont je dispose: le "dictionnaire de la langue philosophique" de Paul Foulquié (4° édition, PUF 1982).

Le mot "ouvert" y figure avec deux sens:
A - Chez Bergson: opposition, en morale ou en sociologie, du clos et de l'ouvert;
B - Chez F.Gonseth: "Philosophie qui implique le principe d'universelle révisibilité, l'expérience pouvant modifier les thèses tenues pour acquises".

Quelle merveille! Enfin un philosophe qui pose au départ de ses travaux ce qui me paraît une évidence: que nos convictions et nos énoncés sont toujours temporaires, toujours révisables en fonction d'arguments nouveaux, ou de faits nouveaux! L'opposé de cela c'est forcément un système, où l'on prend ses principes comme des points d'appui dont on déduit le reste de notre attitude! Van Vogt m'a depuis longtemps mis en garde contre cela.
Ferdinand Gonseth, il faut le noter, est d'abord un mathématicien, suisse francophone professeur à l'université de Berne et à Zurich dans les années 1930-1950. Il est passé progressivement à la philosophie, et a fondé avec Gaston Bachelard en 1945 la revue "Dialectica", le mot dialectique étant pris dans un sens non systématique, mais au contraire très ... ouvert. Ajoutons enfin - est-ce un détail? - que Ferdinand Gonseth est devenu quasi-aveugle vers l'âge de 12 ans.

Une association et un site web s'efforcent de faire connaître la pensée de Gonseth, ignorée par les encyclopédies philosophiques.

Le dictionnaire de Paul Foulquié, heureuse exception, comporte des citations de Gonseth dans différents articles: "Révisibilité", "Prédicatif", "Dialectique" et "Idonéisme" (nom donné par Gonseth à sa philosophie).
Le "Vocabulaire" de Lalande (PUF 1983) comprend dans son supplément une brève définition de l'idonéisme, rapprochant celui-ci du "commodisme" de Poincaré; ayant brièvement regardé ces deux approches, elles me paraissent assez différentes.

Il faut maintenant approfondir tout cela!
      30-09-08 - Commenter sur le blog
        Télécharger l'article de 12 pages que j'ai rédigé

Petites notes

- Dire ou penser quelque chose, c'est un peu en même temps évoquer son contraire.

Le rire de Clotilde

Mon amie Clotilde est truculente, si on ose employer ce mot pour une femme, et un peu contestataire. Vous allez voir qu'on peut tirer une leçon utile à tous, psychologiquement et spirituellement, de l'histoire qu'elle m'a racontée.

Clotilde a un poste professionnel très important, de directrice technique d'une grande entreprise publique.
Lassée de voir que la direction générale de son entreprise diffusait volontairement des informations fausses concernant les problèmes de déchets et d'environnement, elle s'est décidée un jour à passer à un journaliste un dossier montrant ce qu'il en était en réalité. Mais il ne fallait évidemment pas qu'elle se fasse prendre (attendez un peu, la leçon utile viendra plus loin).
Le matin où le journal sort, elle l'achète avant de se rendre au bureau et voit que les informations qu'elle a transmises figurent en bonne place. Elle se prépare alors psychologiquement.

"Seule dans ma voiture, j'ai commencé à développer en moi un rire énorme: à rire, à crier mon rire de plus en plus fort en le faisant rayonner dans tout mon visage et mon corps. Puis je me suis rendue au bureau du Directeur Général, et suis entrée le journal à la main, complètement hilare, en montrant l'article au directeur, comme pour lui dire: "Vous avez vu!" Un exemplaire du même journal était déjà sur son bureau.
"Désorienté par mon attitude, il m'a demandé:
- "Ce n'est pas vous?"
"J'ai pris l'air surprise, et, encore à la joie que j'avais développée, j'ai répondu simplement:
- "Moi?"
"Le Directeur Général a alors décroché son téléphone et a appelé le Président: "Non, non, ce n'est pas elle!"

Voilà pour ce qui est de l'histoire, authentique. Mais j'en ai tiré une leçon que j'ai assez souvent l'occasion d'appliquer.

Avant de rencontrer quelqu'un face à qui on souhaite être souriant, il est possible de préparer son corps et son visage.
De même qu'on peut "choisir d'aimer", on peut choisir de sourire. Pour qu'il ne s'agisse pas d'un sourire forcé, mais d'un vrai sourire irriguant tout le visage et le corps, il est possible de se préparer. C'est ce que la "méthode de Clotilde" permet.

Elle est utile psychologiquement, car elle nous aide à rayonner un sourire qui facilitera la rencontre. Elle est utile aussi spirituellement pour changer notre coeur, et rejoint la "puissance de la louange".

Cette méthode de "choisir le sourire" s'applique à de nombreux endroits, et par exemple dans la liturgie: ainsi quand on chante un "Alleluia" très joyeux, si on pense à se remplir de sourire, le chant sort beaucoup mieux!
   05 03 11 - Commenter sur le blog

Lire ou relire

Sur les neurosciences (2002)

Watzlawick et l'école de Palo Alto

Il existe des livres assez nombreux qui exposent les méthodes paradoxales de cette école psychologique. Un bon aperçu est donné (en anglais) par les pages que l'on peut lire du livre de Nardone sur Google books.

A propos de la "sémantique générale", et en lien avec Gonseth...

Je reparcours ce matin quelques sites sur la "sémantique générale", en lien avec mes réflexions sur Van Vogt et Gonseth. Je découvre que Bachelard s'y est intéressé (le monde est petit!).
Comme je l'écrivais il y a quelques années à un ami, j'ai l'impression que les gens qui font de la sémantique générale actuellement font une erreur que Van Vogt, en tout cas, dénonçait: ils prennent la partie qu'ils connaissent (la sémantique générale) pour le tout... Voilà une erreur que Gonseth nous invite à ne jamais faire...
   30.09.08 - Commenter sur le blog

Le mot "dialectique"
chez Gonseth

Comme l'indique le Dictionnaire de la langue philosophique de Paul Foulquié, le mot dialectique a de très nombreux sens.
En ce qui concerne Gonseth, P. Foulquié donne plusieurs citations, dont la suivante:

"Le jeu dialectique n'est pas d'avance saturé: il est au contraire ouvert, en devenir. Il s'accompagne d'une constante création d'objets mentaux, nouveaux et imprévus, qu'il entraîne immédiatement dans son rythme. L'exercice dialectique est donc expérience interne, avec toutes les surprises, tous les aléas de la création-découverte". (Philosophie Mathématique, 25)
   Oct 08 - Commenter sur le blog

 

Image de nuages extraite d'une photo de Roland Trenzel