Christianisme et sexualité

lundi 5 mars 2007

Cher E,

Tu écris:
     “Dans la société actuelle ce qui apparaît anormal est qu'un homme puisse ne pas avoir de sexualité.”

Attention! Nous avons tous une sexualité!!! Refoulée ou pas! Pour moi c'est comme si tu disais: “il apparaît anormal qu'un homme puisse ne pas avoir de cerveau”… :-) Ce que nous faisons de cette sexualité est autre chose. Se marier est la façon la plus “normale” de développer (oui, je dis développer!) cet aspect de nous-même, qui est *bon*.

Comprendre que la sexualité est une bonne et belle chose, que le désir pour le sexe opposé est une belle et bonne chose, il faut souvent des années pour y arriver lorsqu'on a été formé dans des schémas négatifs par rapport à cette belle dimension humaine. C'est l'occasion de faire de la pub pour le bouquin de mon ami Olivier Florant, membre d'ECN: “Ne gâchez pas votre plaisir, il est sacré” (Presses de la Renaissance)…

Ce que tu cites du théologien Vladimir Lossky ne me convainc pas du tout:
     “C'est par la suite du péché originel qu'[Adam et Ève] devinrent deux natures séparées, deux êtres individuels ayant entre eux des rapports extérieurs - les désirs de la femme se portant sur son mari et la domination du mari s'exerçant sur la femme, selon la parole de la Genèse (3,16)”

D'une part ce n'est pas bibliquement fondé, ce qui est quand même ennuyeux: d'où tire-t-il qu'Adam et Eve n'avaient pas deux natures séparées dès le départ? N'étaient pas “deux êtres individuels”?
Et d'autre part je fais partie de ceux qui pensent, avec beaucoup de théologiens, que le péché originel n'est pas un événement historique qui aurait causé la situation actuelle, mais la description de la situation de tout homme et toute femme: “nous sommes pécheurs”. Je te renvoie à ce sujet à mon texte approches.org.

Tu parles ensuite de nos pulsions, et de “notre nature déchue”.

Les pulsions sont parfaitement normales, naturelles au bon sens du mot - j'ai parlé du désir plus haut. Nous sommes des hommes et femmes de chair et de sang. La situation d'avant la chute n'existe pas. Jésus nous propose de monter, d'entrer peu à peu dans l'amour à partir de ce que nous sommes.

La notion de “nature déchue” est une image qu'il faudrait abandonner: elle est liée au récit du péché “des origines” qui n'a presque certainement pas existé historiquement.
Oui, nous avons une nature pécheresse, mais le mot “déchu” n'apporte rien, sauf de rêver à je ne sais quel paradis perdu. Ce n'est pas un paradis perdu que Jésus nous propose, mais un amour concret, quotidien, allant jusqu'à la croix qui est amour.

Dire que le désir est “péché”, c'est comme dire qu'avoir envie d'une pâtisserie qu'on voit dans une vitrine est un péché! Franchement je ne crois pas que ce genre d'attitude tout à fait naturelle soit à affubler du mot “péché”.
Il y a quelques années seulement, cette phrase que je viens d'écrire m'aurait choqué! Il m'a fallu du temps pour accepter le désir, et m'accepter moi-même. A 60 ans passés!

Deux phrases de l'Ecriture pour terminer:

“Si notre coeur nous accuse, Dieu est plus grand que notre coeur” (1 Jean 3,20)
“Rien ne peut nous séparer de l'amour du Christ” (Romains 8,39).

Bien à toi, Philippe

PS: Je découvre seulement aujourd'hui le message de Carême du Pape:
http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/messages/lent/documents/hf_ben-xvi_mes_20061121_lent-2007_fr.html.
Sur Eros et Agapè il y a dès le début une définition très forte:
“Le terme agapè, que l'on trouve très souvent dans le Nouveau Testament, indique l'amour désintéressé de celui qui recherche exclusivement le bien d'autrui; le mot eros, quant à lui, désigne l'amour de celui qui désire posséder ce qui lui manque et aspire à l'union avec l'aimé.”
Et il poursuit, comme dans l'encyclique, en disant qu'il y a de l'eros en Dieu!

 
ecn/ecn5.txt · Dernière modification: 2008/02/09 19:58 par pl
 
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