Traductions, concepts

Chère C.,

Merci de lancer la discussion sur un tas de problèmes passionnants!
Je constate que personne pour l'instant ne m'a envoyé de contribution pour vous répondre, alors je me lance.

Oui, les mots ont souvent plusieurs sens, et les diverses significations ne correspondent pas au même mot en français! D'où le doute pour les traducteurs…

Puisque vous parlez des béatitudes, je vous signale un petit livre que j'ai connu par l'association Marcel Jousse (http://www.marceljousse.com) et qui est la traduction en français d'un extrait de la “Peschitta”, texte araméen très ancien des évangiles. Ce livre s'appelle “L'évangile en araméen, Matthieu 5-7”, (abbaye de Bellefontaine, spiritualité orientale n° 80).

Monseigneur Alichoran, prêtre chaldéen, explique par exemple dans ce livre que dans sa tradition, “Heureux ceux qui pleurent” ne signifie pas du tout ce que nous y voyons: pour l'église chaldéenne (qui utilise l'araméen depuis les origines et jusqu'à maintenant), les “abilé” (“qui pleurent”) sont “des gens qui ont quitté le monde parce que ce monde n'est pas la source de leur joie (..); ils pleurent sur les péchés du monde (..); il y a une catégorie de moines qui s'appellent comme cela”.
On voit que cela va plus loin que la polysémie: c'est l'idée même derrière le mot qui est différente!!

D'autres membres d'ECN parleront sûrement du Notre Père, redoutable! (“ne nous fais pas entrer dans la tentation”? Qu'est-ce que l'on comprend par là, si on considère que c'est ainsi à peu près qu'il faut comprendre le grec?)

Je suis partisan de chercher à énoncer la foi comme nous la comprenons, au XXI° siècle; et il est vrai que les mots, les concepts, les visions du monde d'il y a 2000 ans sont souvent assez inadaptés. Il faut donc tenir les deux bouts: dire comment on comprend la foi aujourd'hui; et garder le lien avec la tradition et surtout avec la Parole elle-même. C'est un immense programme!

Sur les mots “justification”, “rédemption”, etc., la remarque que je viens de faire s'applique: la notion d'homme “juste” devant Dieu n'a guère de signification pour les hommes d'aujourd'hui; par contre si on dit qu'il s'agit de pouvoir être dans une relation juste avec Dieu, cela s'éclaire. La notion de “rachat” quant à elle (acheté à qui?) n'a plus de sens. Je vous signale, si vous ne le connaissez pas, l'excellent livre de Bernard Sesboüé “Jésus-Christ l'unique médiateur” (Desclée, collection Jésus et Jésus-Christ n° 33). C'est une réflexion magistrale sur le fait que tous ces concepts sont des essais d'approche de réalités qui nous dépassent; et qu'il ne faut surtout jamais pousser trop loin ces thèmes (rachat, expiation, etc.) qui ne sont que des analogies.

Merci d'avoir ouvert cette discussion!

Amicalement, Philippe Lestang

 
ecn/ecn16.txt · Dernière modification: 2008/02/11 16:00 par pl
 
Recent changes RSS feed Creative Commons License Donate Powered by PHP Valid XHTML 1.0 Valid CSS Driven by DokuWiki