La compassion, chemin vers l’amour

Homélie de M.-N., membre d’une communauté charismatique.

La liturgie d’aujourd’hui mardi 5 janvier nous propose un extrait de la première lettre de Saint Jean, qui commence par cette phrase: “Aimons-nous les uns les autres”.

Il s’agit d’un commandement, le commandement de l’amour, qui redit le premier commandement de la Loi: “Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force, de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même. »

C’est étrange, un commandement à aimer! En effet, peut-on commander d’aimer? Est-il possible de s’obliger, de se forcer à aimer? L’amour, c’est spontané, c’est naturel: il y a des personnes avec qui c’est simple, d’autres avec qui c’est plus compliqué, voire impossible!

Alors que veut dire pour nous ce commandement?

Une piste nous est donnée dans l’évangile (Marc 6, 34-44), qui nous dit: “Jésus fut saisi de compassion pour ces foules sans berger.”

Juste avant ce passage, il était question des disciples qui reviennent de mission, tout heureux des merveilles qu’ils ont vues, … sûrement bien fatigués aussi par cette mission! Et Jésus les invite tout naturellement à venir à l’écart pour se reposer un peu.
Mais la présence de la foule change ces projets. C’est incroyable de voir combien Jésus se laisse déplacer: il est toujours disponible, d’abord ouvert aux autres, et non centré sur lui, sur sa fatigue éventuelle, son besoin de repos…

Cela me renvoie à un livre que je suis en train de lire: “Missa sine nomine”, La messe sans nom, d‘un auteur allemand, Ernst Wiechert. Il raconte l’itinéraire de trois hobereaux allemands, trois frères, à la fin de la guerre de 1945 qui les a détruits psychologiquement, chacun de façon différente. Ce titre évoquerait le parallèle entre la messe qui célèbre la transformation du pain en corps du Christ, et, ici, la lente transformation de la haine en amour et de la rancoeur en charité.

Chacun des frères réalise à quel point il leur est difficile – souvent absolument impossible – d’aimer, après ce qu’ils ont traversé.

Petit à petit, presque pas à pas, ils vont vivre une très lente remontée, une reconstruction intérieure. Pour l’un d’eux, qui vit dans une bergerie au coeur d’un marais, ce sera d’abord un décentrement de lui-même par la contemplation de la beauté de la nature qui l’environne. Mais il constatera son incapacité profonde à aimer ceux qui ont souffert et souffrent encore à ses côtés. Il va découvrir le chemin de l’amour par la compassion. Il va être touché, remué, par la faiblesse de l’autre, sa limite, son péché même.

Le chemin de l’amour peut passer par la compassion.

Cela évoque pour moi une expérience personnelle : il y a quelques années, j’étais dans un groupe de partage avec une personne que je n’arrivais vraiment pas à aimer: son attitude, ses choix, étaient contraires aux miens, aux règles communes. Un des responsables, à qui j’en faisais part, m’a répondu: “Oui, mais c’est un frère à sauver!”

Cela m’a beaucoup amenée à réfléchir, et à regarder cette personne autrement.

Le chemin de l’amour que Jésus nous propose passe parfois d’abord par un chemin de compassion. Et nous le voyons dans l’évangile de ce jour.

Jésus lui-même vient d’abord pour nous sauver de notre péché. Dans la première lecture de Saint Jean, nous avons: « Dieu nous a aimés et a envoyé son fils pour que grâce à son sacrifice, nos péchés soient pardonnés. » Il nous sauve et il nous aime, ou bien il nous aime et Il nous sauve: cela va ensemble, c’est lié!

La compassion – qui signifie « souffrir avec » – c’est être touché, rejoint par la limite, la faille, la difficulté de mon frère; en souffrir avec lui, pour lui… La voir, la reconnaitre, en avoir conscience, la comprendre, non pas dans une supériorité qui juge, mais dans l’humilité de la reconnaissance de mes propres fragilités personnelles. C’est s’ouvrir; créer ainsi une fraternité qui se construit petit à petit, très progressivement, pas à pas.

Aimer, quand cela ne va pas de soi, c’est donc commencer par un décentrement nécessaire de nous-mêmes, de notre désir (légitime!) de nous reposer, de souffler, …

Entrer alors dans un chemin où l’on perçoit la souffrance de celui qui est blessé…, et nous mettre au service du besoin de l’autre, dans une compassion, qui va devenir amour.

Ce n’est pas naturel. C’est pour cela que c’est une grâce qu’il nous faut demander!

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