Règles sociales, idéal chrétien (Charlie Hebdo)

Une chose est l’idéal chrétien, une autre les règles du vivre ensemble, dans une famille ou dans la communauté des hommes.
A propos du massacre qui a eu lieu le 7 janvier à Charlie Hebdo, le père Zanotti-Sorkine expliquait, dans un billet de blog à contre courant, que dans une famille « nous ne lâchons pas ce que nous pensons sans exercer un certain discernement, (afin) de ne pas blesser inutilement nos proches. Et cela devrait valoir aussi pour les lointains. La raison de cette retenue (..) appartient à l’univers de l’amour, qui tout simplement ne désire pas blesser. Cette retenue dans le langage, cette réserve bienveillante n’est pas une faiblesse, elle est une intelligence qui protège les liens et qui, en évitant de faire monter le sang à la tête de l’adversaire potentiel, empêche par rebond de le faire jaillir de la tête d’un autre. Cette réserve, tout homme peut la vivre, elle est vraiment à la portée de tous, sauf de l’extrémiste qui donne aux idées plein pouvoir – y compris à l’irrespect qui, paraît-il, gagne la partie. »

Poussée à son extrême, cette position chrétienne d’amour conduit à la croix: le chrétien ne cherche pas à imposer aux autres sa conception de l’amour; il la vit pour lui-même et accepte, idéalement, de souffrir et de mourir plutôt que d’agir mal envers les autres. C’est la voie que nous propose le Christ.

Mais le problème qui se pose à un chef de famille, et à un responsable politique, est tout autre: il est de savoir ce qu’on doit accepter et ce qu’on doit interdire (sanctionner), dans le comportement des membres de la communauté: à partir de quel point dire certaines choses, avoir certains comportements, ne doit pas être accepté.
Il est évident qu’à travers le monde les différentes communautés nationales n’ont pas la même vue sur ces questions; ni les minorités au sein de ces communautés. Certaines agressions verbales (ou écrites) sont autorisées en France, alors qu’elles ne le sont pas ailleurs. Nous sommes fiers de nos « libertés », mais nous avons quand même posé un certain nombre de limites.

Nous ne voulons pas changer ces limites en fonction des sentiments de pays étrangers (musulmans en la circonstance): trop fiers de savoir nous mêmes ce qui est bon. Nous punissons les profanations d’églises – c’est matériel, physique – mais pour la liberté d’expression, nous ne la limitons que pour les mots qui ont déjà tué dans le passé et pour lesquels un consensus national existe. Il est clair qu’il ne peut pas y avoir en France, dans l’état actuel de notre société, de consensus pour interdire le blasphème. Qui sait si dans quelques dizaines d’années notre point de vue n’aura pas changé?

Pour l’instant nous ressentirions cela comme « baisser notre culotte » devant des exigences étrangères; nous n’y sommes pas habitués…

P.S.: Notons qu’aux USA, l’attitude morale est dans certains cas en retrait sur l’attitude légale: beaucoup de journaux n’ont pas publié les caricatures, sans que ce soit pour des raisons légales! Intéressant… Il faudrait approfondir.

PS 2: Sur le blasphème, je découvre ce que dit dans le Figaro le grand rabbin de France Haïm Korsia: « On ne peut pas projeter notre interdiction sur les autres; ce serait une forme de captation » !

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