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    « C’est ma très grande faute »

    A partir de 2017 certains textes de la messe vont être modifiés (voir par exemple sur « La Croix » ).
    Les instances romaines, pour assurer l’unité théologique des traductions nationales, ont exigé notamment que, dans le « Je confesse à Dieu », la version française abandonne l’expression « Oui, j’ai vraiment péché » pour revenir au « C’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute »; parce que le texte latin dit cela.

    On peut comprendre le souci d’unité; mais on peut surtout penser que c’est le texte latin qui devrait être changé…

    Si par exemple j’en veux beaucoup à quelqu’un, est-ce « un péché »? Les uns diront oui, les autres diront peut-être non… parce que ce n’est pas « volontaire ». C’est assurément une attitude qui n’est pas idéale du point de vue de l’amour. Cela fait partie de notre situation pécheresse: je suis pécheur, et non pas « je fais un péché ».
    C’est un premier débat: faut-il parler seulement et toujours de « péchés » individualisés, ou reconnaître plus généralement que nous sommes pécheurs, manquant gigantesquement d’amour.

    Mais à l’erreur théologique ci-dessus (seul ce qui est volontaire est péché) se rajoute une erreur psychologique, de volontarisme et de culpabilisation; qui est aussi une erreur spirituelle.
    En effet la vie spirituelle ne consiste pas essentiellement en efforts pour « agir bien » (par rapport à l’idée que j’ai à un moment donné de ce que c’est qu’agir bien); on est là dans la psychologie d’un enfant de 7 ans.
    Aux « efforts » pour agir bien se rajoute alors la culpabilité de ne pas avoir toujours agi comme il faudrait.. (c’est en ces termes qu’un certain nombre de prêtres introduisent le « Je confesse à Dieu »).
    Ce n’est pas seulement une erreur psychologique, empêchant d’atteindre une vie intérieure apaisée et équilibrée; c’est une erreur spirituelle: notre relation à Dieu, père très aimant, ami, n’est pas une relation selon une loi, mais une vie dans l’amour. Amour imparfait; désir d’un amour toujours plus grand, par la fusion progressive de notre âme en Dieu.
    J’aime pour ma part comparer ma relation à Dieu à la relation qu’un petit enfant peut avoir avec sa mère bien aimée; mère très aimante, qui connaît notre désir – notre décision – de nous donner entièrement à l’amour, et auprès de qui nous commençons effectivement à vivre cet amour: dans la paix et dans la liberté. Les termes de « devoir » – et encore moins de « punition » – n’ont pas de sens dans cette situation. Il est clair que nous faisons des « fautes », mais l’essentiel du péché n’est pas là: il est dans la distance entre ce que nous sommes et l’immensité de l’amour de Dieu. L’Esprit de Dieu nous aide jour après jour à avancer dans cet espace.

    Il reste à souhaiter, mais c’est sans doute trop tard pour cette fois, que les évêques francophones sachent, une autre fois, résister aux services du Vatican quand ils proposent quelque chose d’inapproprié. Et qu’un synode futur change les choses (change le texte latin), ou accepte la diversité, selon la perception spirituelle de chaque pays.

    Il est clair pour moi que je ne dirai pas « C’est ma très grande faute ». Je pourrais dire « Je suis très pécheur », car c’est vrai; mais je trouverais cette formulation ridicule, inadaptée à une récitation publique.
    Je préfère (et je pense): « Je suis vraiment pécheur »; et j’accepte, comme plus concret: « J’ai vraiment péché ».

     

    PS: Je m’aperçois que le billet précédent, du 19 octobre, disait déjà un peu la même chose: je me répète?