Un billet au hasard: Une "prière des services" à la messe
  • Accueil
  • Fil RSS
  • Voyez aussi le site plestang.com
  •  

     

    Quelques pas dans la phénoménologie de Jean-Luc Marion

    Jean-Luc Marion, philosophe auteur de nombreux ouvrages et membre de l’Académie française, est venu dans l’Essonne le 7 janvier dernier pour une conférence s’adressant principalement à des scientifiques (membres notamment de l’association « Foi et Culture Scientifique » ou de l’association « Les vendredis de Gif »).

    Le titre qu’il avait proposé pour sa conférence, « Connaître des choses, connaître des objets », m’avait d’abord surpris, car le peu que j’avais lu de la phénoménologie développée par J.-L.Marion tournait plutôt autour de phénomènes autres que les objets, à savoir des catégories nommées respectivement « événements », « idoles », « la chair », « icônes » et « la révélation ». Face à des scientifiques, M.Marion a choisi de repartir de Descartes, et de montrer comment la notion d’objet marque la distinction fondamentale entre ce que la science étudie et « tout le reste »…

    Le compte-rendu de cette conférence et du débat qui a suivi est diffusé par l’association « Foi et Culture Scientifique » (FCS) et est disponible ici.

    A ce compte rendu est joint un début de glossaire que j’ai rédigé.
    Ce texte, intitulé « Quelques pas dans la phénoménologie de Jean-Luc Marion », qui a été discuté entre quelques membres de l’association, est une base à approfondir. Je n’y ai mis que les termes ou concepts sur lesquels je voyais suffisamment clair: peu nombreux à vrai dire!

    La discussion est maintenant ouverte sur ce document. Une deuxième version est déjà en ligne. Vos commentaires sous ce billet de blog, ou vos messages par mel (philippe@plestang.com) permettront, nous l’espérons, d’avancer un peu dans la compréhension de cette philosophie difficile et assez novatrice.

    Lien vers le document « Quelques pas ».

     


    Règles sociales, idéal chrétien (Charlie Hebdo)

    Une chose est l’idéal chrétien, une autre les règles du vivre ensemble, dans une famille ou dans la communauté des hommes.
    A propos du massacre qui a eu lieu le 7 janvier à Charlie Hebdo, le père Zanotti-Sorkine expliquait, dans un billet de blog à contre courant, que dans une famille « nous ne lâchons pas ce que nous pensons sans exercer un certain discernement, (afin) de ne pas blesser inutilement nos proches. Et cela devrait valoir aussi pour les lointains. La raison de cette retenue (..) appartient à l’univers de l’amour, qui tout simplement ne désire pas blesser. Cette retenue dans le langage, cette réserve bienveillante n’est pas une faiblesse, elle est une intelligence qui protège les liens et qui, en évitant de faire monter le sang à la tête de l’adversaire potentiel, empêche par rebond de le faire jaillir de la tête d’un autre. Cette réserve, tout homme peut la vivre, elle est vraiment à la portée de tous, sauf de l’extrémiste qui donne aux idées plein pouvoir – y compris à l’irrespect qui, paraît-il, gagne la partie. »

    Poussée à son extrême, cette position chrétienne d’amour conduit à la croix: le chrétien ne cherche pas à imposer aux autres sa conception de l’amour; il la vit pour lui-même et accepte, idéalement, de souffrir et de mourir plutôt que d’agir mal envers les autres. C’est la voie que nous propose le Christ.

    Mais le problème qui se pose à un chef de famille, et à un responsable politique, est tout autre: il est de savoir ce qu’on doit accepter et ce qu’on doit interdire (sanctionner), dans le comportement des membres de la communauté: à partir de quel point dire certaines choses, avoir certains comportements, ne doit pas être accepté.
    Il est évident qu’à travers le monde les différentes communautés nationales n’ont pas la même vue sur ces questions; ni les minorités au sein de ces communautés. Certaines agressions verbales (ou écrites) sont autorisées en France, alors qu’elles ne le sont pas ailleurs. Nous sommes fiers de nos « libertés », mais nous avons quand même posé un certain nombre de limites.

    Nous ne voulons pas changer ces limites en fonction des sentiments de pays étrangers (musulmans en la circonstance): trop fiers de savoir nous mêmes ce qui est bon. Nous punissons les profanations d’églises – c’est matériel, physique – mais pour la liberté d’expression, nous ne la limitons que pour les mots qui ont déjà tué dans le passé et pour lesquels un consensus national existe. Il est clair qu’il ne peut pas y avoir en France, dans l’état actuel de notre société, de consensus pour interdire le blasphème. Qui sait si dans quelques dizaines d’années notre point de vue n’aura pas changé?

    Pour l’instant nous ressentirions cela comme « baisser notre culotte » devant des exigences étrangères; nous n’y sommes pas habitués…

    P.S.: Notons qu’aux USA, l’attitude morale est dans certains cas en retrait sur l’attitude légale: beaucoup de journaux n’ont pas publié les caricatures, sans que ce soit pour des raisons légales! Intéressant… Il faudrait approfondir.

    PS 2: Sur le blasphème, je découvre ce que dit dans le Figaro le grand rabbin de France Haïm Korsia: « On ne peut pas projeter notre interdiction sur les autres; ce serait une forme de captation » !


    Conversation dans un collège (Charlie Hebdo)

    Conversation.

    – Je veux pas leur rendre hommage, ces gens-là je ne les respecte pas. Ils insultent ma religion, et aussi les autres; ils ne me respectent pas, et moi non plus.

    – La question n’est pas que tu les apprécies ou pas : la question c’est de savoir dans quelle société tu veux vivre. Est-ce une société où quand quelqu’un te froisse, te choque, alors il est légitime de l’assassiner?

    – Mais c’est mal leur journal, ils disent que le Coran c’est de la merde. Si moi demain avec ma gueule d’arabe je dis que les juifs c’est de la merde on va me tomber dessus et on me laissera pas dire.

    – D’abord, puisque tu es musulman, je me permets de te rappeler que le Coran dit « qui donc aura en aversion la religion d’Abraham sinon celui qui sème en son âme la sottise? ». Tu serais un drôle de musulman. Et plus curieux encore à prétendre juger qui doit vivre ou pas. « Ne tuez point la vie qu’Allah a rendue sacrée » dit encore le livre. C’est pas le mal même, ça, d’aller massacrer des personnes pour leurs écrits?

    – Mais je dis pas que c’est bien qu’ils aient été tués, mais leur journal je suis pas d’accord. Ils ont insulté le prophète.

    – Eh bien déjà si tu crois le prophète fragile au point d’être menacé par des dessins, c’est que tu n’as pas une grande foi dans ta propre religion.
    Mais voilà comment ça se passe dans les sociétés un peu évoluées : quand on est pas d’accord, soit on estime que le journal tombe sous le coup de la loi et alors on lui fait des procès et on le met à genoux financièrement, par des condamnations, comme ça a été pour Dieudonné. Soit si il est conforme à la loi, et alors on peut lutter pour changer la loi. C’est le jeu démocratique. il est imparfait, faussé souvent, mais il existe.

    Par exemple, ce dont tu parles c’est le délit de blasphème, il y a des pays où ça existe, mais pas ici. Il y a des pays où ça existe. Ou bien des pays où critiquer – juste critiquer ! – un roi ou la monarchie t’envoie en prison et dans l’illégalité. Ou bien critiquer l’armée t’envoie en prison ou au poteau. Ou encore des pays où se réclamer de certaines idées, ou de certaines croyances, est aussi condamnable. Ou des sociétés qui condamnent – parfois de mort – l’homosexualité. Ou d’autres où les femmes n’ont pas de droits. Ici, non. Et même, tu as le droit de vouloir créer un nouveau délit, comme moi j’aurai le droit de le combattre.

    – Oui mais ils savaient très bien ce qu’ils risquaient, quand on joue avec le feu on se brûle.
    – Alors je retourne la question : ce que tu viens de dire me choque. Tu légitimes un carnage de gens parce que leurs options ne sont pas les tiennes. Est-ce qu’alors ça veut dire que, comme tes propos m’insupportent, que tu légitimes un carnage, un bain de sang, d’innocents, demain je vais venir avec un flingue et te buter pour te faire taire?
    Est-ce que c’est comme ça que tu veux vivre?

    … Non.

    —–

    L’auteur – et acteur de ce dialogue, réel – autorise la reproduction de cette conversation sur tout blog ou journal!