Un billet au hasard: C'est long, la vie éternelle?
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    Oeuvre de Dieu, ou oeuvre pour Dieu?

    Je suis mal à l’aise en regardant le plan d’un exposé (en) de Scot McKnight, auteur que j’apprécie par ailleurs beaucoup.

    Ce plan se base notamment sur un livre de Christopher J.H. Wright concernant la « mission de Dieu » (? !) dans le monde.
    L’idée, juste évidemment, étant que si (c’est moi qui ajoute le « si ») nous percevons notre christianisme comme « missionnaire »,  alors c’est au sein du « projet » de Dieu sur le monde que nous devons nous situer.
    (Mais pourquoi parler de « mission » de Dieu? Cela me paraît absurde – ou bien est-ce qu’en anglais cela a un sens?).

    Le plan énumère divers aspects de l’attitude du chrétien qui veut se situer « dans la mission de Dieu ». En particulier ce chrétien:
    – demande l’approbation de Dieu;
    – est renforcé par la présence de Dieu.

    Or pour moi cette approche pose problème; notez en effet l’ordre des facteurs: on conçoit un plan, on en demande l’approbation par Dieu, et enfin sa force pour nous aider.
    L’attitude correcte me semble différente: il convient de se laisser conduire par l’Esprit (présence de Dieu agissante, et non « renforçante »).

    Il s’agit que ce soit Dieu qui agisse par nous et en nous, et non pas d’agir pour Dieu en lui demandant son approbation et son renforcement.

    Le père Laurent Fabre, charismatique, expose ceci très clairement. Il ne s’agit pas de construire une maison, et de dire ensuite à Dieu de venir la bénir, la renforcer, la protéger. Au contraire il faut se laisser guider par Dieu pour qu’il décide où il veut construire, et le laisser mettre en place le toit (!); puis ensuite travailler, à cet endroit, aux murs et à l’aménagement.

    Il ne faut pas faire d’oeuvre « pour Dieu », mais devenir souple et ouvert entre les mains de Dieu pour qu’il fasse son oeuvre, qui est peut-être bien différente de ce que nos raisonnements humains auraient choisi.

    Cette façon de voir me semble manquer, dans le programme de session proposé par Scot McKnight. Dans son schéma on a l’impression que le disciple est quelqu’un qui fait (après avoir prié et consulté la Bible, certes); alors qu’il doit être quelqu’un qui permet à Dieu de faire.

     

    J’ajoute un autre aspect : tout chrétien n’est pas appelé à être « missionnaire », au sens habituel actif de ce mot. Chacun a son chemin, qui peut aussi être contemplatif, voire simplement d’amour discret, sans même qu’un témoignage soit possible. C’est peut-être d’ailleurs une des différences entre les protestants et les catholiques: ces derniers valorisent les vocations contemplatives, car c’est la prière qui est importante.

    Le père Philippe Bacq va plus loin: le Christ, lors de ses rencontres avec des hommes et des femmes, ne les a pas tous appelés à le suivre; à certains par exemple il a dit de retourner dans leur village, pour y témoigner de ce que Dieu a fait pour eux. Voir son excellent exposé: « Une pastorale d’engendrement ».

    On est ici loin, me semble-t-il du « tous missionnaires », au sens qui semble être celui du texte de Scot McKnight. Il s’agit … d’aimer, et auprès de chaque femme et de chaque homme, de parler ou de se taire, d’agir ou simplement de prier.

     

    Et quant au dernier paragraphe (4.3) du texte de Scot McKnight, il est tout simplement inacceptable: « S’opposer à vous, c’est s’opposer au Père » (Jean 15,21) ! Argument d’autorité un peu trop facile, alors que le disciple qui témoigne peut très bien avoir tort (et de même le « pasteur » qui utiliserait cet argument…); et aussi que Dieu connaît les coeurs, et le chemin qu’il propose à chacun.